Lorsque j’ai fait le chemin en 2001 ne disposant que de 60 jours pour le parcourir j’enviais les retraités rencontrés qui disposaient quant à eux de tout le temps nécessaire et profitaient ainsi de plus de liberté sur le parcours. Je m’étais alors promis de le refaire quand mon tour viendrait. C’est ainsi que le 11 avril 2026, jeune retraité, je suis reparti 25 ans plus tard du Puy-en-Velay pour un voyage de… d’un certain temps. Après avoir hésité dans cette rue de la Citadelle de Saint-Jean-Pied-de-Port à repartir à pied dans l’autre sens, je décidai de continuer sur le Camino Frances. Pourquoi ? je me le demande encore. Peut-être pour me rendre compte par moi même. Une chose était sûre cependant : je n’irai plus jusqu’à Santiago pour éviter les cent derniers km depuis Sarria où l’esprit "Caminoland" devait battre son plein avec une augmentation plus forte encore de la fréquentation sur ce dernier tronçon. A chacun son chemin bien sûr, mon propos n’est pas de dénigrer les pèlerins qui se lancent dans l’aventure mais de dénoncer une dynamique qui de mon point de vue est en train de détruire el Camino. En 25 ans la fréquentation été multipliée par dix et cela n’est pas sans conséquences. Les enjeux sont considérables, plus de 500 000 pèlerins qui arrivent tous les ans à Santiago c’est une manne économique annuelle de centaines de millions d’euros que chaque bénéficiaire cherche à faire prospérer dans les territoires traversés : – On a élargi les sentiers d’antan qui sont devenus des pistes rectilignes et monotones pour les marcheurs mais que les cyclistes peuvent utiliser. Elles longent des routes à grande circulation dans le bruit et la poussière sur des dizaines de kilomètres étape après étape. Plus de monde, cela signifie aussi plus de risques et cette proximité avec la route facilite l’accès des secours en cas de besoin. – Les agences de tourisme, conscientes du marché, proposent des séjours clé en main sur une semaine, quinze jours ou plus selon les envies de chacun. El Camino à la carte. Plus besoin de disposer du temps long qui faisait l’objet du projet d’une vie. On aborde aujourd’hui le chemin comme une période de vacance quelconque. – Plus besoin non plus de porter son sac, les sociétés de transport sont là pour ça. On peut marcher avec un petit sac à dos pour la bouteille d’eau et les barres de céréales et le soir au gîte récupérer sa valise rigide de 100L. Plus besoin de limiter à l’essentiel ce que l’on emporte, il y a maintenant de la place pour le superflus. – La loi de l’offre et de la demande joue à fond et la demande s’amplifie, boostée par des films de fiction, des livres et autres influenceurs sur les réseaux sociaux : plus de monde encore ! J’ai croisé un pèlerin avec un drone pour faire des images aériennes. Faire le chemin est devenu tendance, un must qui s’affiche sur Instagram, TikTok, Facebook ou LinkedIn attirant toujours plus de monde. Alors les prix s’envolent et l’esprit du chemin s’étiole. Une de mes motivations pour faire le chemin était celle de retrouver l’âme de l’Espagne dans les villages traversés. Mais cela n’est plus possible. Il faut comprendre qu’il y a souvent plus de pèlerins que d’habitants dans les villages étapes. Lorsque j’allais au bar ou à l’auberge du coin pour rencontrer les locaux je me retrouvais avec une majorité d’étrangers parlant anglais à toutes les tables. Je ne crois pas aujourd’hui que cela fut une bonne décision de faire ce Camino Frances en Espagne même si bien sûr, il me reste de cette expérience le souvenir de quelques belles rencontres et de beaux paysages que je partage dans ce portfolio.
Je savais le chemin bien plus fréquenté et j’imaginais des changements conséquentiels. Pour la partie française ils furent conformes à ce à quoi je m’attendais : plus de monde certes, mais sans que cela n’affecte trop l’esprit du chemin.
C’est en arrivant à Saint-Jean-Pied-De-Port que je pris la mesure de ce que, à l’image du monde, était devenu le chemin : un espace passablement gâché par le commerce et l’argent où le superficiel prend le pas sur le profond. A l’instar de Disneyland j’étais arrivé à Caminoland.
Passée la Porte de Saint-Jacques, en descendant la rue de la Citadelle je découvrais ce avec quoi il me faudrait désormais composer : des dizaines de « pèlerins » venus des quatre coins du monde formaient une queue de plusieurs mètres dans la rue attendant avec une certaine exaltation de faire tamponner leur crédencial au bureau des amis de St-Jacques. A partir de là et jusqu’à Santiago, ce ne sera plus ni le français ni même l’espagnol la langue des pèlerins mais l’anglais : the international language !
Compostelle 2001 - Paysages intérieurs
Ce site est la refonte de mes pages perso sur orange qui étaient en ligne depuis 2002. Orange a arrêté ce service en septembre 2023 mais je tenais à conserver une version internet qui soit accessible à tous et en particulier aux pèlerins avec qui j'ai partagé ce voyage sur le camino de Santiago de Compostela en 2001, et aussi, à ceux qui envisagent de le faire. Je précise pour ces derniers que les remarques qui concernent des gîtes, hôtels ou autres restaurants où j'ai pu dormir ou manger datent de plus de 20 ans ! Pour le reste, je crois que le chemin conserve son caractère merveilleux et intemporel. Bonne visite.